Lundi, sous la chaleur du briefing presse du Gouvernement, Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole de l’Exécutif, a refermé une porte. Le dialogue promis par le Président aura lieu, mais pas avec tout le monde.
« Nous voulons dialoguer pour créer un front commun contre l’agression », a lancé le porte-parole du Gouvernement.
Le constat est brut : le pays est en guerre, des troupes rwandaises sont sur le sol congolais. Et dans ce contexte, l’heure n’est plus aux états d’âme.
Muyaya appelle donc à rassembler : « Nous avons besoin de tous les fils ».
Mais il ajoute aussitôt une réserve qui change tout : « Attention, on n’a pas besoin de fils complices ».
Pour être de la partie, il faudra d’abord se purifier. Passer par « la case repentance » et suivre « la voie tracée par le Cardinal qui a nommément désigné l’ennemi ».
Traduction : pas de discussion avec Corneille Nangaa et sa bande, qui ont officiellement pris les armes contre la République. Pas de discussion non plus avec Joseph Kabila et d’autres Congolais, accusés de connivence ou de complaisance envers le Rwanda et ses « supplétifs » de l’AFC-M23.
Le ministre a parlé de rempart. Et ce rempart, c’est le Président Félix Tshisekedi lui-même.
« L'objectif est de créer ce front intérieur autour du rempart. Et le rempart contre toute velléité de balkanisation, c'est le Président de la République », a précisé le ministre de la Communication et des Médias.
Le message est clair. Le dialogue voulu par Félix Tshisekedi ne sera pas une tribune ouverte.
« Il ne faut pas qu’un Congolais vienne défendre les thèses du Rwanda », a martelé Muyaya.
On veut, a-t-il dit, des patriotes. Des frères qui viennent discuter de ce qu’on peut améliorer, pas de ce qui mettrait en danger la souveraineté.
En face, Fayulu veut la table la plus large possible
C’est exactement l’inverse de ce que propose Martin Fayulu.
Lui aussi voit le pays à la dérive. Il dresse le même tableau noir : Goma et Bukavu sous pression, des millions de déplacés, une armée à renforcer. « Derrière ces chiffres, il y a des vies, des douleurs, des familles ».
Mais sa réponse n’est pas l’exclusion. C’est l’inclusion totale.
Fayulu réclame un dialogue national inclusif. Et quand il dit inclusif, il le pense. Pouvoir, opposition, société civile… et même les groupes armés dont l’AFC-M23.
L’opposant a réitéré cette position lors de sa conférence de presse de dimanche dernier. Pour lui, Kabila et Nangaa « doivent venir dire pourquoi ils » se sont rebellés contre la République.
Il a plaidé pour un dialogue inclusif basé sur trois étapes et fondé sur la vision de « laver le linge sale en famille ». Ainsi, il place ce dialogue sous le signe de « vérité, justice et réconciliation ».
Le Président Tshisekedi a promis une adresse à la Nation pour préciser les contours de ce dialogue « différent de tous les autres ».
Entre la ligne rouge de Muyaya et la table ouverte de Fayulu, il faudra trancher. Le problème n’est pas seulement de dialoguer. La question est : avec qui ?
Gatien D. Kasongo






