La question de la nationalité des Banyamulenge revient au cœur du débat politique.
Lors d’une conférence de presse mardi à Bruxelles, Martin Fayulu a déclaré que les Banyamulenge « ne sont pas des Congolais d’origine », mais une communauté rwandaise venue s’installer au Congo et dont les membres « ont pris la nationalité congolaise pour être nés sur le sol congolais ».
Des propos qui ont suscité une vague de réactions contrastées à Kinshasa et à Kigali.
Kigali dénonce une « haine ethnique »
Premier à réagir, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a condamné des propos qu’il juge dangereux.
« La haine ethnique, les falsifications historiques et les propos cyniques ont atteint un niveau inquiétant dans la classe politique congolaise, y compris dans une partie de l’opposition », a-t-il écrit sur X, établissant un parallèle avec la rhétorique de « délégitimisation génocidaire » visant les Tutsi au Rwanda dans les années 1990-1994.
Coordonnateur de l’AFC-M23, Corneille Nangaa a également fustigé la sortie de l’opposant.
« Les propos tenus par M. Fayulu à l’endroit de nos compatriotes Banyamulenge sont irresponsables, incendiaires et profondément préoccupants », a-t-il déclaré, rappelant que « la nationalité congolaise ne se distribue ni ne se retire dans les meetings ».
Pour lui, contester l’appartenance nationale d’une communauté, c’est « l’exposer à la suspicion, à la marginalisation et au rejet ».
Des chercheurs appellent à la nuance
Le Docteur en Anthropologie Prosper Baseka a qualifié le discours de Fayulu de « haineux » et de « populiste ». Il invite à comprendre la réalité des communautés transfrontalières.
« Les Banyamulenge n’ont pas seulement un lien historique avec ce qui s’appelle le Rwanda d’aujourd’hui. Ils en ont aussi avec la Tanzanie, le Burundi et l’Ouganda », explique-t-il, comparant leur situation à celle des Bakongo présents en RDC, au Congo Brazzaville, en Angola et au Gabon, ou des Lunda et des Bembe.
À l’inverse, le chercheur Yvon Nawej, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, a soutenu Fayulu : « Merci. À un moment donné, il faudrait que les vérités soient dites ».
Le Gouvernement congolais avait tranché
La polémique intervient quelques jours après une autre séquence. Tito Rutaremara, figure historique du FPR au Rwanda, a appelé les jeunes Banyamulenge à « prendre les armes contre leur propre pays » pour « obtenir justice », selon ses propos.
Une sortie qui avait poussé le ministre congolais de la Communication, Patrick Muyaya, à réagir fermement, quelques jours avant la conférence de Fayulu :
« Non, les Banyamulenge ne sont pas les 'Rwandais du Congo'. Ils sont Congolais, au même titre que toutes les autres communautés de notre pays », avait-il martelé, dénonçant « l’instrumentalisation à outrance de la question des Banyamulenge » par Kigali.
Une position qui rejoint celle exprimée en janvier 2020 par le Président Félix Tshisekedi lui-même devant la diaspora congolaise à Londres : « Les Banyamulenge sont des Congolais. Ils sont restés de génération en génération en RDC ».
Gatien D. Kasongo






