Il devait être la vitrine sociale du second mandat. Deux ans et demi plus tard, le chantier des 1.000 logements de Mukilango n’est qu’un cimetière de tôles rouillées.
C’est le constat dressé par Actualite.cd, qui s’est rendu sur le site situé à la rive droite de la N’djili, au fin fond de la commune de Mont-Ngafula.
Plus un seul ouvrier, selon nos confrères. Les bétonnières sont à l’arrêt, les maisons préfabriquées, sans portes ni toitures, sont envahies par les herbes folles. Les agents de sécurité, impayés depuis des mois par le sous-traitant de Milvest, ont déserté. Les ouvriers, eux, sont en grève.
Le paradoxe : l’argent, lui, est bien sorti du Trésor.
Le décaissement Kazadi au cœur du scandale
C’est l’ancien argentier national qui a lui-même reconnu les faits. Mercredi sur X, Nicolas Kazadi a affirmé avoir déboursé « une vingtaine de millions sur 42 millions » dès début 2024 pour lancer ce chantier d’urgence humanitaire destiné aux 750 ménages sinistrés de Matadi-Kibala après les pluies diluviennes des 12 et 13 décembre 2022.
Problème : selon le rapport du Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS) d’octobre 2025, cité par Actualite.cd, c’est précisément sous l’impulsion de Kazadi que le marché a été verrouillé.
Le CPVS accuse l’ex-argentier national d’avoir orchestré une contractualisation en gré à gré au profit du turc Milvest, sans aval de la DGCMP ni approbation de la Primature. Conséquence : aucun cabinet de contrôle indépendant n’a été recruté.
Toujours selon les documents révélés par Actualite.cd, le coût initial de 37,8 millions USD a flambé à 57,48 millions USD via deux avenants signés en septembre 2023, sans que le volume des travaux ne bouge. Pour un taux d’exécution évalué à seulement 16% en 2025.
Une supervision fantôme
L’ACOPRIM, censée superviser, plaide l’abandon. Une source interne confie à nos confrères que l’Agence n’a touché que ses frais de fonctionnement et que Milvest réclame le paiement d’une facture par l’État.
Sur le terrain, le chef du village Mukilango dénonce un « sabotage » du projet présidentiel. Les sinistrés, qui avaient vu le Président Tshisekedi à leur chevet en 2022, menacent aujourd’hui de manifester.
Gatien D. Kasongo






