9 septembre 2011 - 9 septembre 2026. Quinze ans jour pour jour depuis la disparition de Mgr Ignace Matondo Kwa Nzambi.
L’évêque de Molegbe est parti, mais le Fondateur de « Bilenge ya Mwinda » (BYM) est resté. Dans chaque paroisse, dans chaque chant initiatique, dans chaque jeune qui choisit la lucidité.
Son nom lui-même était un programme. Matondo Kwa Nzambi signifie en kikongo « gratitude envers le Seigneur ». Une gratitude qu’il a transformée en don total pour la jeunesse.
Nous sommes en 1969. Le jeune abbé rentre de Rome où il a été ordonné prêtre le 2 août 1964. On lui confie la pastorale des jeunes de l’Archidiocèse de Kinshasa.
Une pastorale sans jeunes. Le régime du Président Mobutu vient d’interdire tous les mouvements de jeunes dans les Églises, surtout catholiques.
Les paroisses sont désertées. La jeunesse kinoise est entre désoeuvrement et dégradation des mœurs.
L’abbé Matondo, alors vicaire à Saint Pierre de Kinshasa puis curé à Saint Alphonse de Matete, ne va pas se plaindre. Il va créer.
1974, l’année de la lumière
De cette crise naît une intuition prophétique. En 1974, il fonde la communauté « Bilenge ya Mwinda, « Jeunes de la Lumière » en français. Ce n’est pas un simple groupe de jeunes. C’est une véritable école de vie.
L’idée est révolutionnaire pour l’époque : évangéliser en profondeur en s’appuyant sur la sagesse initiatique bantoue. Pas d’importation, mais une inculturation.
Comme dans les traditions africaines, le jeune passe par des étapes : la lucidité pour se connaître, la vérité pour choisir, la vie intérieure pour rayonner à l’extérieur.
Il a conçu des enseignements autour de 16 mystiques, qu’il appelait lui-même « les secrets de la réussite de la vie », pas des interdits mais un chemin vers le Christ, « Initiateur principal, le Grand Bagaza ».
Le Cardinal Malula comprend immédiatement la force de l’idée et reconnaît officiellement le mouvement la même année.
Il ne voulait pas des jeunes qui récitent, mais des jeunes lucides, enracinés, responsables.
Un héritage qui ne s’est jamais éteint
Le parcours de l’homme est à la hauteur de l’intuition : nommé évêque de Basankusu le 18 novembre 1974 par Paul VI, puis évêque de Molegbe en 1998 par Jean-Paul II, il démissionne en 2007 à 75 ans. Il fonde au passage la congrégation des Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Basankusu en 1975.
Mais pour des centaines de milliers de BYM, Mgr Matondo restera toujours le « Fondateur ».
50 ans après sa création, la Communauté BYM a survécu à tout. Elle est présente dans plus de 30 diocèses en RDC et au-delà des frontières congolaises.
Son jubilé d’or en 2024 a rassemblé Kinshasa, avec un colloque international clôturé par le Cardinal Fridolin Ambongo, et Rome.
Et chaque 9 septembre, le rituel est immuable : la Journée Mgr Matondo. Les BYM, de partout, rendent grâce à Dieu pour la vie, l’œuvre et l’héritage de Mgr Matondo à travers un programme spécifique qui s’étend sur une semaine.
Ce programme est clôturé par un pèlerinage qui part de la paroisse Sainte Élisabeth à Pompage jusqu’à la tombe du Fondateur, au noviciat du Buisson ardent des Pères Scheut au quartier Mbudi, à Mont-Ngafula.
Les jeunes y récitent le chapelet, entonnent des chants initiatiques et se recueillent devant celui qu’ils appellent « prophète et précurseur du monde de lumière ».
Cette année, le rendez-vous figure bien dans les agendas. La semaine Mgr Matondo se tient depuis lundi dans toutes les paroisses à travers le pays. À Kinshasa, le pèlerinage de clôture est programmé pour ce dimanche.
15 ans après la naissance au ciel de Mgr Matondo, le défi de 1974 est le même en 2026. Et la réponse de Matondo résonne toujours : faire de chaque jeune une lumière qui éclaire.
Laurent OMBA






