Elle a vu la violence, mais pas le mort. C’est en substance le rapport à double lecture publié par la Commission nationale des Droits de l’Homme (CNDH) sur la marche de la C-64 du mardi dernier.
Dans son communiqué, l’institution présidée par Paul Nsapu joue clairement la carte de l’équilibrisme. Un exercice de haute voltige pour ne froisser personne.
D’un côté, elle donne raison à l’opposition : la CNDH atteste que la marche a bien été bloquée.
Elle situe les faits avec précision : 12e, 11e et 10e rues Limete. Elle confirme la présence d’hommes armés de « machettes, de bâtons et autres objets contondants » qui ont empêché les manifestants venus de l’Échangeur de rejoindre le siège de l’ÉCiDé sur le Boulevard Triomphal.
Pour Martin Fayulu, il n’y a aucun doute sur les auteurs. Selon lui, sa cohorte a été attaquée par les jeunes du mouvement pro-pouvoir « Forces du progrès », appuyés par des éléments de la Garde républicaine commis à la sécurité de la mère du Président de la République, de la Police et du Service national.
La CNDH, elle, parle pudiquement « d’atteintes aux droits de l’homme » sans jamais nommer les assaillants, renvoyant l’identification des auteurs matériels et intellectuels à une future enquête judiciaire.
De l’autre côté, elle donne des gages à l’Hôtel de Ville. Elle « salue les efforts consentis en amont » par le gouvernorat pour harmoniser les itinéraires.
Surtout, elle « salue le professionnalisme et la maîtrise » de la Police dans la gestion de l’incident. Une phrase qui reprend mot pour mot le bilan officiel de la ville, qui s’était félicitée d’un encadrement sans bavure.
L’angle mort : le décès
Et c’est là que le bât blesse. Dans son souci d’équilibre, la CNDH passe sous silence l’élément le plus grave dénoncé par la C64 : un mort dans ses rangs à Limete.
Aucune mention. Aucun mot sur la victime que l’opposition dit avoir enregistrée et identifiée : Manassé Lomboto, chargé de sécurité du parti de Prince Epenge.
La Commission se contente de dire qu’elle « poursuit son enquête » et que ses portes « restent ouvertes pour recevoir les plaintes ».
Dans le camp de la C-64, ce rapport hybride est une demi-victoire. Il confirme qu’elle a été attaquée, mais il blanchit les forces de l’ordre et édulcore la responsabilité des assaillants.
En voulant ménager la chèvre et le chou, la CNDH finit par livrer un constat tronqué : il y a eu des violences, oui, mais sans coupable désigné, et surtout sans victime comptabilisée.
Un équilibrisme qui en dit long sur la pression qui pèse sur les institutions dites indépendantes en RDC.
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