Coup de marteau lundi sur plusieurs artères publiques à Kinshasa. Kapela, Saio, etc. ont été rasés.
Les occupations anarchiques le long de ces avenues ont été démolies lundi, sous la supervision du ministre provincial de l’Environnement, Léon Mulumba.
L’opération s’inscrit dans le cadre du programme « Bala bala eza Wenze te » (entendez « La rue n’est pas un marché »), lancé par le gouverneur Daniel Bumba pour assainir Kinshasa et ses 24 communes.
Des habitants soulagés, mais prudents
Sur place, le soulagement domine.
« Nous sommes satisfaits de cette opération de libération des emprises publiques. Nous étions confrontés à un sérieux problème de nuisance sonore qui empêchait nos enfants de bien étudier pendant la période scolaire », témoigne Sahel Mombele, habitant de Kalamu, au micro de l’ACP.
Pour l’Hôtel de ville, il faut cette fois aller au bout.
« Le Gouverneur a voulu que nous mettions fin aux occupations des emprises publiques et que nous les nettoyions. C’est pour cela que nous allons placer des équipes de surveillance pour sanctionner ceux qui vont réoccuper ces places et nous allons assainir ces espaces au quotidien », a prévenu Léon Mulumba.
Le spectre du bis repetita
Le problème : Kinshasa n’en est pas à sa première opération de ce genre. De « Kin Bopeto » à « Coup de poing », en passant par les déguerpissements de 2018 et 2022, le scénario est connu.
On démolit, on libère, on promet de la surveillance. Puis, quelques semaines ou mois plus tard, les kiosques, terrasses et étalages reviennent occuper les mêmes emprises.
Beaucoup de Kinois redoutent donc un énième épisode. « On casse aujourd’hui, on reconstruit demain ».
Sans suivi et sans alternatives, la rue redevient vite un marché.
Assainir oui, mais que faire des vendeurs ?
Car derrière les baraques de Kapela et ailleurs se cache une autre réalité : le chômage massif. Faute d’emplois formels, de marchés modernes et de financement, des milliers de jeunes, de mères de famille et de diplômés se réfugient dans le commerce informel pour survivre. La rue devient bureau, entrepôt et salle de vente.
Démolir sans proposer de site de recasement, sans microcrédit, sans accès à un marché structuré, c’est condamner les mêmes personnes à revenir au même endroit dans 3 mois. La misère n’a pas d’autre issue.
C’est le vrai défi de « Bala bala eza Wenze te » : réussir là où les précédentes opérations ont échoué. Cela suppose 3 conditions.
- La constance : les équipes de surveillance promises par le Gouvernorat doivent être visibles 7j/7. La sanction doit être immédiate et impersonnelle ;
- L’aménagement : assainir ne suffit pas. Il faut réaffecter ces espaces : caniveaux curés, trottoirs, espaces verts, parkings. Un espace vide attire l’occupation ;
- L’alternative économique : les autorités provinciales, de mèche avec le Gouvernement central, devraient accélérer la construction de marchés modernes, organiser le petit commerce et travailler avec les syndicats des vendeurs. On ne vide pas la rue sans donner une autre adresse.
L’avenir se joue après la démolition
L’opération est pertinente. Libérer les emprises publiques, réduire les nuisances, sécuriser les piétons et les écoliers : c’est une exigence de bonne gouvernance urbaine.
Mais sa réussite ne se mesurera pas au nombre de murs cassés lundi. Elle se mesurera dans 6 mois, quand on repassera sur Saio ou Kapela.
Si la ville tient, ce sera une rupture. Si la rue redevient un « wenze », ce sera encore du bis repetita. Et la colère des déguerpis, sans solution, risque de nourrir encore plus le désordre urbain.
Entre l’exigence d’assainissement et l’urgence de survie, Kinshasa doit choisir : sanctionner, mais aussi accompagner.
Gatien D. Kasongo






