La guerre des chiffres s’invite dans la bataille politique. Au lendemain de l’adresse à la nation de Joseph Kabila, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, est sorti du silence pour répondre point par point aux attaques économiques de l’ancien président.
Dans son discours du vendredi 10 octobre 2026, Joseph Kabila avait dressé un tableau sombre :
« Les contrats léonins, la corruption et le détournement ne se sont jamais mieux portés. La dette publique a explosé pour dépasser les 18 milliards de dollars américains », avait-il lancé, avant de revendiquer son propre héritage :
« En 2001, j’ai trouvé un pays en situation de désorganisation profonde. En 2019, j’ai laissé un pays réunifié, largement pacifié, une économie débarrassée du fardeau de la dette héritée des régimes antérieurs ».
Une lecture que le ministre des Finances qualifie de « déni et dénégation psychologique ».
« Moins de 20% du PIB, aucun fardeau »
Pour Doudou Fwamba, l’argument de l’explosion de la dette ne tient pas. Il reconnaît le chiffre : selon la Direction générale de la dette publique (DGDP), l’encours s’élevait en septembre à 18 552,20 millions de dollars, répartis entre environ 11,46 milliards de dette extérieure et 7,09 milliards de dette intérieure.
Mais il en conteste l’interprétation.
« Assainir la dette publique est une chose ; utiliser celle-ci comme un levier de financement des infrastructures et des priorités du Gouvernement tout en maintenant sa soutenabilité comme nous le faisons depuis 2019, résulte de la cohérence de l'action publique et d'une vision stratégique », défend-il.
Le ministre rappelle que les pays d’Afrique subsaharienne affichent en moyenne 60% d’endettement par rapport à leur PIB.
« Insinuer qu’un endettement de moins de 20% du PIB comme c’est le cas de la RDC, de nos jours, serait un fardeau, relève soit de la mauvaise foi politique, de la méconnaissance des fondamentaux en matière de gestion économique et financière ou encore d’une absence de vision stratégique », assène-t-il.
Les autorités maintiennent que la RDC demeure classée pays à risque modéré de surendettement.
« La nuit et le jour »
Fwamba oppose ensuite deux bilans chiffrés.
En 2019, à la fin des 18 ans de gestion de Kabila, selon lui : un PIB nominal d’environ 50 milliards USD, 1,3 milliard USD de réserves de change à la BCC, un budget de 4 milliards USD, un déficit du compte courant de -3,2% du PIB, aucun accès aux marchés de capitaux internationaux et aucun programme formel avec le FMI « suite à la mauvaise gouvernance et l’absence de transparence ».
En 2026 : un PIB nominal de 120 milliards USD, 8 milliards USD de réserves de change, un budget de 18 milliards USD, un déficit du compte courant réduit à -1,3% du PIB en 2024, un accès aux marchés financiers internationaux et trois programmes formels avec le Fonds Monétaire International.
« Entre ces deux périodes de gouvernance, aucune comparaison possible. C’est la nuit et le jour, comme diraient les communs de mortels », conclut-il.
Non sans ironie, il ajoute : « Quant au fameux héritage économique du passé, on croirait que Monsieur le Sénateur à vie est tombé à la fois dans un déni. On croirait entendre un ange du ciel qui parle du satan. Ironie du sort ».
Il accuse enfin la gouvernance Kabila d’avoir privé la RDC d’un programme FMI « par manque de transparence et pour avoir refusé de publier des contrats léonins signés avec nos sociétés d’Etat du secteur minier ».
Gatien D. Kasongo






