Lundi, sur le plateau de Bosolo na Politik, Israël Mutombo a parlé de Daniel Safu. Le ton était personnel, les mots durs.
Le présentateur a annoncé la maladie de l’ancien député national.
« J'ai appris que Daniel Safu est très malade, atteint par le cancer de poumon. Cela m'a très affecté », a-t-il dit.
Il a même conclu par un vœu : « Je lui souhaite la guérison. Que Dieu le guérisse ».
Jusque-là, rien à dire. Mais entre deux phrases de compassion, Israël Mutombo a égrené des souvenirs humiliants : disputes pour « l’aumône des aveugles », quêtes dans les hôtels, manque d’argent pour « payer le chanvre ».
Il a parlé d’un homme « qui mendie plus que les personnes défavorisées ».
« Mais nous étions habitués à ses bêtises. Même quand il lui arrivait de manquer de quoi payer le chanvre, nous savions comment l’assister », a-t-il lancé.
Un ancien député réduit à la risée publique
Daniel Safu n’est pas un anonyme. Il a été député national. Il a été journaliste. Des fonctions qui imposent respect, y compris de la part de ceux avec qui on a eu des « clashs ».
Étaler sur un plateau regardé par des milliers de personnes les difficultés financières, les addictions supposées et la misère d’un homme malade, relève d’un autre registre. Celui du règlement de compte, pas du débat public.
Pire : le faire au moment où on annonce que cette même personne est gravement malade.
« Je ne peux me servir d'un armement de guerre pour une dispute de quartier », a pourtant déclaré Israël Mutombo avant d’annoncer la maladie dont souffrirait Safu. Ici, l’armement médiatique a servi pour une rancune de plateau.
« Qu'est-ce que l'AFC-M23 va-t-elle te donner ? » a-t-il aussi demandé, rappelant que Safu a rejoint la rébellion à Goma. La question politique peut se poser. Mais pas au prix de l’humiliation.
Où est la déontologie ?
Israël Mutombo n’est pas journaliste de formation. Mais quand on anime une émission d’actualité politique suivie dans tout le pays, on a une responsabilité.
Le Code de déontologie du journaliste congolais est clair :
- Respect de la dignité humaine : le journaliste s’interdit de porter atteinte à la vie privée, à l’honneur et à la réputation.
- Respect de la personne malade : l’état de santé relève de l’intimité. L’exploiter pour frapper est une faute.
- Distinction entre info et commentaire : on peut critiquer un choix politique. On ne doit pas livrer en pâture la vie personnelle.
En mélangeant compassion affichée et détails rabaissants, le présentateur a brouillé les lignes. Il a donné une leçon de morale tout en piétinant l’élémentaire : l’élégance.
La maladie n’efface pas les responsabilités politiques. Mais elle impose la décence. Un ancien élu, même « adversaire », même « rebelle », reste un être humain. Et un ancien confrère de presse mérite qu’on s’en souvienne avant d’appuyer sur « rec ».
Le pouvoir des plateaux
Bosolo na Politik fait l’opinion. Des millions de Congolais écoutent. Avec cette audience vient une exigence : ne pas confondre liberté d’expression et liberté d’humilier.
Critiquer le choix de Daniel Safu de rejoindre l’AFC-M23 est légitime. Se moquer de sa maladie ne l’est pas.
Entre les deux, il y a toute la différence entre un débat et une mise à mort médiatique.
TOGE






