Qualifiée de « superficielle » par Paul Kagame lundi à Kigali, la démarche de Kinshasa sur les FDLR est en réalité la plus structurée depuis des années. C’est l’analyse d’un expert des questions de sécurité dans les Grands Lacs contacté par DayNews RDC et qui a exigé l’anonymat.
L’expert balaie le discours tenu à Kigali. « Dire que le problème du Rwanda a toujours été les FDLR et que rien de sérieux n’est fait, c’est ignorer les avancées majeures des dix derniers mois », tranche-t-il.
Un protocole validé par Washington, Paris et Bruxelles
« Ce qui change tout, c’est que pour la première fois, ce ne sont pas seulement des déclarations de Kinshasa », poursuit l’expert. « Les États-Unis, la France, la Belgique et huit autres partenaires internationaux du Groupe de contact pour les Grands Lacs ont pris acte du protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement signé entre la RDC et les FDLR ».
Selon lui, le fait que ces chancelleries - dont des alliés traditionnels de Kigali - demandent désormais un plan opérationnel et un calendrier réaliste, et exigent des clarifications sur la lutte contre l’impunité, prouve que le processus est jugé crédible.
« On ne demande pas un calendrier à une opération de façade. On le demande quand on considère que le processus passe à la phase opérationnelle. La Monusco est même qualifiée de partenaire clé. C’est un encadrement international inédit », soutient-il.
Une méthode progressive, pas une annonce
L’expert souligne la méthode décrite par le ministre congolais de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni : « La sensibilisation a commencé en octobre dernier. Il y a eu des échanges directs avec les leaders FDLR pour obtenir une démobilisation volontaire. C’est ce travail de fond qui a produit le protocole. Ce n’est pas superficiel ».
Le protocole s’appuie, rappelle-t-il, sur l’accord de paix signé par les Présidents Tshisekedi et Kagame sous l’égide des États-Unis, avec l’appui des facilitations africaine et qatarie.
Un verrouillage international
L’élément le plus important selon l’expert : la mise en place d’un comité de suivi à l’initiative de Kinshasa. Une équipe composée, selon le ministre Anzuluni, de partenaires stratégiques régionaux et internationaux qui suivront « au jour le jour le respect des engagements ».
Une feuille de route, un plan d’opérationnalisation, un chronogramme et un budget sont déjà sur la table. « La validation est en cours », précise Anzuluni.
Pour l’expert, cette architecture « rend intenable le narratif d’une manœuvre politique ».
Conclusion de l’expert : « Quand 11 puissances et l’ONU s’impliquent dans le suivi quotidien d’un processus, on ne peut plus parler de superficialité. Le discours qui justifie le maintien de l’implication rwandaise dans l’Est par l’inaction congolaise ne tient plus face aux faits. Kinshasa a fait sa part, les mécanismes sont là ».
Gatien D. Kasongo






