Sergueï Lavrov sort l’artillerie lourde contre l’Ukraine. Le chef de la diplomatie russe a affirmé, vendredi dernier à Bujumbura, que le M23, un mouvement rebelle qui contrôle une bonne partie de la région du Kivu dans l'Est de la RDC, bénéficiait d’un appui ukrainien.
« Les autorités légitimes de cette République, avec le soutien du Burundi, cherchent aujourd’hui à faire face à l’agression menée par le groupe dit M23, soutenu par des représentants étrangers, parmi lesquels figurent également des Ukrainiens », a déclaré le ministre russe lors d’une conférence de presse avec son homologue burundais Édouard Bizimana.
Aucune précision sur la nature de cette présence, ni aucune preuve n’ont été fournies. Deux semaines plus tôt, le ton était différent.
Le 26 juin devant le Conseil de sécurité de l’ONU, la diplomate russe Anna Evstigneeva s’était dite seulement « préoccupée par des informations selon lesquelles des mercenaires étrangers, y compris ceux ayant acquis une expérience de combat en Ukraine, seraient employés comme instructeurs et opérateurs de drones ». Elle ne mentionnait pas de ressortissants ukrainiens ni de soutien direct de Kiev.
Démentis en cascade de Kiev et du M23
L’accusation russe a aussitôt provoqué des réactions. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a dénoncé une « désinformation du Kremlin » non étayée par des preuves. Kiev retourne même l’accusation en affirmant que c’est la Russie qui arme des groupes dans la région en violation des sanctions internationales.
De son côté, l’AFC-M23 a également nié toute présence ukrainienne dans ses rangs. Joint par RFI, le mouvement politico-militaire rejette en bloc les déclarations de Moscou.
Kinshasa botte en touche
Au milieu de cet échange d’accusations, le gouvernement congolais a choisi la prudence. Egalement contacté par la RFI, il s’est contenté de rappeler les bonnes relations entre Kinshasa et Kiev. Pas de réaction directe aux propos de Sergueï Lavrov. Pas de confirmation non plus.
Même le ministre burundais des Affaires étrangères, présent aux côtés de Lavrov, n’a pas confirmé les allégations russes. Interrogé par le média français, il a renvoyé à ses déclarations publiques qui ne portaient pas sur une éventuelle présence ukrainienne en RDC.
Ces accusations russes interviennent alors que, selon les Nations-Unies et Kinshasa, le M23 bénéficie déjà d’un soutien militaire du Rwanda. Un soutien que Kigali dément. La guerre dans l’Est de la RDC s’invite donc désormais dans les rivalités géopolitiques liées au conflit en Ukraine. Pour l’heure, Moscou n’a apporté aucun élément matériel pour étayer ses accusations.
TOGE





