Le débat enfle autour du premier Eurobond de la RDC émis en avril dernier. Dans une réflexion partagée sur X, l’économiste Flory Mampaboli, conseiller de Nicolas Kazadi alors ministre des Finances, estime que la RDC a mobilisé « 1,25 milliard USD trop tôt » et qu’elle supporterait inutilement le coût d’un financement dont une partie n’est pas encore décaissée.
Une analyse que conteste Dieudonné Ntumba Kasonga, conseiller fiscal au ministère des Finances. Dans sa réplique à la publication de Mapamboli, Dieudonné Ntumba appelle à « une lecture complète des mécanismes financiers » et non à une comparaison erronée. Il a détaillé sa réponse en 5 points.
1. Un Eurobond n’est pas une ligne de crédit
Premier point de divergence : la nature même de l’instrument.
« La RDC ne pouvait pas considérer comme acquis qu’elle pourrait revenir dans 6 ou 12 mois sur les marchés internationaux, au même montant et surtout au même taux », explique Ntumba Kasonga.
Selon lui, l’émission a surtout permis de « sécuriser dès maintenant le financement des projets et de réduire le risque de refinancement ».
L’État ne pouvait donc pas attendre que les besoins se présentent au fur et à mesure.
2. Les intérêts ne portent pas sur de l’argent « inutilisé »
Flory Mampaboli pointe les 114,25 millions USD d’intérêts annuels comme le coût d’un argent dormant.
Faux, répond le conseiller du ministre des Finances. Ce montant correspond aux intérêts de l’intégralité de l’Eurobond de 1,25 milliard USD.
Or, « les ressources qui n’ont pas encore été décaissées sont temporairement placées et génèrent des revenus qui réduisent le coût net de portage ».
3. Les décaissements suivent l’avancement des travaux
Sur les 1,25 milliard, seuls 138 millions USD ont été décaissés à ce jour, selon le ministère des Finances. Pour Mampaboli, c’est la preuve d’une immobilisation inutile.
Dieudonné Ntumba nuance : ces décaissements correspondent à des projets dont l’exécution permet les paiements.
« Les décaissements publics suivent les travaux réalisés, les jalons contractuels et les contrôles requis. Décaisser plus vite ne signifie pas mieux gérer. Une dépense publique doit d’abord être justifiée, contrôlée et conforme à l’avancement réel des projets ».
4. Un financement pour l’investissement, pas pour le fonctionnement
Autre précision : l’Eurobond ne sert pas à payer les salaires.
« Les ressources sont destinées à des infrastructures structurantes, notamment la RN4, les aéroports, la Rocade de Kinshasa et des projets énergétiques », avec pour objectif « d’accroître durablement le potentiel économique de la RDC ».
5. Gérer la dette, c’est arbitrer coût, risque et disponibilité
En conclusion, le conseiller fiscal estime que réduire l’analyse au seul « coût de portage » revient à ignorer l’équation globale.
« Une gestion souveraine responsable doit arbitrer entre coût, risque et disponibilité du financement ».
Il rappelle enfin que cette première émission constitue « une référence internationale pour la RDC » et contribue à « élargir sa base d’investisseurs pour les futurs financements ».
Le débat reste ouvert
Le débat sur la dette publique est nécessaire. Mais il doit reposer sur une lecture complète des mécanismes financiers, et non sur une comparaison erronée entre un Eurobond souverain et une ligne de crédit bancaire, conclut Dieudonné Ntumba Kasonga.
La question, dit-il, n’est pas seulement de savoir « quand chaque dollar sera dépensé ». Elle est aussi de savoir « si la République a sécurisé au bon moment, au bon coût et avec un niveau de risque maîtrisé les ressources nécessaires à ses investissements structurants ».
Gatien D. Kasongo






