Après sa sortie remarquée dans le Space de Stanis Bujakera, Nicolas Kazadi tente de défendre son bilan face à son successeur Doudou Fwamba.
Dans une tribune argumentée qui fait le tour des réseaux, l’analyste Christian Nyamabo passe au crible les arguments de l’ancien ministre des Finances.
De la réforme de l’IRPP jamais appliquée à l’explosion du coût des 1 000 maisons de Matadi-Kibala de 37 à 57 millions USD, en passant par la dette et l’Eurobond, il oppose aux intentions revendiquées par Kazadi, les résultats et le principe de continuité de l’État. Une déconstruction point par point. Ci-après, la tribune :
KAZADI vs FWAMBA : LES FAITS CONTRE LE RÉCIT
Analyse critique des allégations de l’ancien ministre des Finances à l’épreuve des chiffres, de la cohérence et du principe de continuité de l’État.
Après le Space animé récemment par Stany Bujakera, une guerre de positionnement semble s’installer entre l’ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi et son successeur, Doudou Fwamba.
Dans ce brouillard d’allégations, de contre-vérités et de récits contradictoires, il est temps de revenir aux faits, aux chiffres et à la continuité de l’État.
Mon objectif : que chacun puisse se faire une opinion factuelle.
Et surtout, comprendre pourquoi, dans ce duel de positionnement politique, les faits plaident davantage en faveur de Doudou Fwamba que du récit construit par son prédécesseur.
RÉFORME FISCALE : LA PATERNITÉ NE SUFFIT PAS
Une réforme n’existe vraiment que lorsqu’elle produit des effets.
Alors que Nicholas Kazadi revendique l’IRPP comme l’une de ses grandes réformes. Très bien.
Mais en politique publique, écrire une réforme n’est pas la même chose que la rendre opérationnelle.
Une réforme qui reste dans les textes ne transforme pas un pays. Il faut l’appliquer, la financer, l’intégrer à une stratégie et en assumer les conséquences.
Initier n’est pas accomplir. La continuité de l’État appartient à la République, pas à un ministre.
EUROBOND : REFUSER N’EST PAS NÉCESSAIREMENT PRÉVOIR
Deux ministres, deux choix stratégiques !
Nicholas Kazadi affirme: « Nous pouvions émettre l’Eurobond, mais nous avons refusé ».
C’est votre choix. Votre successeur Doudou Fwamba, a fait le choix inverse. Il ne s’agit donc pas automatiquement d’une faute, mais d’une différence de stratégie et d’approche de politique financière.
La vraie question est simple : Qu’a produit chaque stratégie ?
En économie, ce ne sont pas les intentions qui comptent le plus.
Ce sont les résultats.
L’histoire devra juger ce qui est resté au stade de l’intention et ce qui a effectivement été mis en œuvre.
CROISSANCE : LES CONGOLAIS NE MANGENT PAS LES STATISTIQUES
La macroéconomie doit finir dans le quotidien, dans l’assiette du peuple.
Nicholas Kazadi reconnait lui-même que les performances macroéconomiques ne se ressentent pas suffisamment dans la vie quotidienne.
C’est justement là que se trouve le véritable enjeu. Une croissance qui ne produit ni infrastructures, ni énergie, ni emplois, ni amélioration tangible du niveau de vie de la population reste une performance incomplète. La construction des bureaux administratifs à plus de 400 millions USD n’y change rien.
Les chiffres doivent finir par devenir des routes, de l’électricité, des emplois et des services publics. Le défi n’est donc pas seulement de stabiliser l’économie.
C’est de transformer cette stabilité en prospérité visible pour tous.
DETTE : UNE DETTE N’EST PAS BONNE OU MAUVAISE SELON LE MINISTRE
Changeons de doctrine, pas de ministre.
Nicholas Kazadi, alerte sur la dette commerciale. Très bien.
Mais appliquons la même règle à tout le monde. Une dette se juge par son coût, sa maturité, sa destination et les richesses qu’elle permet de créer.
Si l’endettement pouvait être défendu hier au nom des actifs construits, pourquoi cette logique deviendrait-elle soudainement invalide aujourd’hui ?
L’instrument n’est pas le problème. Son utilisation l’est.
Dans un pays profondément sous-équipé, refuser systématiquement l’endettement peut aussi avoir un coût : celui de la croissance que l’on n’a pas financée.
CENTRE FINANCIER : APPLIQUONS VOTRE PROPRE LOGIQUE
Le même thermomètre pour hier et pour aujourd’hui.
Nicholas Kazadi, demande que l’on juge l’endettement du Centre financier à travers la valeur de l’actif construit. D’accord.
Mais alors appliquons exactement le même principe aux investissements actuels sous Doudou Fwamba.
Routes.
Énergie.
Infrastructures productives.
Équipements publics.
Si l’actif justifie l’endettement d’hier, il doit pouvoir être pris en compte pour celui d’aujourd’hui. On ne peut pas changer de doctrine financière en changeant de fauteuil.
La cohérence exige les mêmes critères, quel que soit le ministre en fonction.
MATADI-KIBALA : AVANT LE PROCÈS DES SUCCESSEURS, L’AUDIT DES FONDATIONS
Qui a engagé les premiers millions et dans quelles conditions ?
L’ancien ministre explique les difficultés actuelles du projet des 1 000 logements de Matadi-Kibala principalement par ce qui s’est passé après votre départ.
Mais une question précède toutes les autres :
Dans quelles conditions les premiers millions ont-ils été engagés et contrôlés ?
Le dossier évoque des interrogations sur la passation, le contrôle indépendant, la certification des factures et le niveau réel d’exécution.
Avant d’expliquer ce qui s’est mal passé après votre départ, il faut donc aussi répondre à ce qui s’est passé pendant votre passage.
La gouvernance d’un projet se juge d’abord à la solidité de ses fondations.
LA GUERRE : ELLE N’A PAS COMMENCÉ ET FINI AVEC VOTRE MANDAT
Le même contexte doit produire la même indulgence.
Vous demandez que votre bilan soit apprécié en tenant compte de la guerre.
C’est parfaitement légitime.
Mais alors, soyons cohérents.
La guerre continue.
Les dépenses sécuritaires continuent.
Les contraintes budgétaires continuent.
Pourquoi le contexte qui expliquait hier certaines difficultés disparaîtrait-il lorsqu’il s’agit d’évaluer votre successeur ?
Il faut avoir l’élégance intellectuelle d’appliquer le même contexte aux mêmes situations.
La guerre ne change pas de réalité parce qu’un ministre change de bureau.
DETTE INTÉRIEURE : REGARDONS LE FILM, PAS LA PHOTOGRAPHIE
La dette actuelle est aussi l’héritage des engagements du passés.
Il est facile de regarder le niveau actuel de la dette intérieure et d’en faire porter toute la responsabilité à l’équipe en place.
Mais la vraie question est celle de la trajectoire.
Quelle dette avez-vous trouvée ?
Quelle dette avez-vous laissée ?
Quels titres du Trésor ont été émis sous votre gestion ?
Selon quelles procédures ?
Publions le film complet, de votre arrivée au ministère jusqu’à votre départ.
Une dette flottante n’apparaît pas par magie. Les engagements d’hier deviennent les contraintes budgétaires d’aujourd’hui.
Chacun doit assumer sa séquence.
CONCLUSION : LES MÊMES RÈGLES POUR TOUS !
Le débat doit porter sur les résultats, pas sur la mémoire sélective.
Monsieur l’ancien Ministre,
Vous avez parfaitement le droit de défendre votre bilan. Mais vous ne pouvez pas réclamer de la nuance pour hier et devenir alarmiste pour aujourd’hui.
Vous demandez que l’on regarde les actifs lorsqu’il s’agit de votre dette.
Regardons donc les actifs aujourd’hui.
Vous demandez que l’on tienne compte de la guerre pour votre bilan.
Tenons-en compte également pour votre successeur.
Vous revendiquez la continuité de l’État lorsqu’une réforme a été initiée sous votre mandat.
Acceptez-la lorsqu’elle est poursuivie après votre départ.
Une politique publique ne se juge pas selon l’identité de celui qui la porte, mais selon des critères constants.
Au fond, le débat est beaucoup plus simple :
Qu’avez-vous trouvé ?
Qu’avez-vous laissé ?
Qu’est-ce qui a changé depuis ?
Les chiffres existent.
Laissons-les parler.
Christian NYAMABO






