Ce mercredi, sous les ors de la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, Félix Tshisekedi, avec à ses côtés João Lourenço, Président de l’Angola, en visite de travail, a annoncé que la partie congolaise du corridor de Lobito est désormais concédée. Le symbole est fort.
Le rail qui doit relier la région du Katanga à l’Atlantique ne sera plus un projet sur carte, mais un chantier. Pendant des années, cette ligne a été le parent pauvre du réseau.
La voie Dilolo-Sakania, qui file sur près de 1 500 kilomètres de la frontière angolaise à la frontière zambienne en traversant Kolwezi, Tenke et Lubumbashi, n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut à l’époque du grand chemin de fer du Shaba.
Trains à l’arrêt, rails volés, déraillements à répétition. La SNCC, qui l’exploite à bout de souffle, n’a plus les moyens de la faire rouler. C’est précisément cette agonie que la concession est censée stopper.
Le montage financier présenté par la Présidence est massif. Un peu plus de 1,25 milliard de dollars sera mobilisé pour reprendre tout de zéro : refaire les études, remplacer les traverses, redresser les ponts, moderniser la signalisation et enfin exploiter.
Le contrat court sur 30 ans, une durée longue qui doit permettre à l’investisseur de rentabiliser avant que tout ne revienne dans le giron de l’Etat congolais. Kinshasa a multiplié les garde-fous pour éviter le procès en bradage.
Contrairement à ce qui s’est dit ces derniers mois, la SNCC ne disparaît pas. Elle garde ce qui est le plus sensible politiquement : le transport des passagers. Elle conserve également le droit de faire rouler ses propres trains de marchandises sur le même réseau. L’Etat ne se contente pas de regarder passer les wagons.
Il entre dans le capital de la future société d’exploitation avec au minimum 10% des parts et prélèvera 7,5% du chiffre d’affaires brut chaque année, que la ligne soit rentable ou non.
C’est une rente directe.
Mais c’est sur le terrain politique que Félix Tshisekedi a voulu marquer les esprits. Face à João Lourenço, il a refusé que Lobito soit réduit à un tuyau d’évacuation.
Le Chef de l’Etat congolais a martelé que la RDC ne veut plus être le pays qui exporte du brut pour importer du fini.
Dans son discours, le corridor doit devenir un ruban industriel où l’on transforme le cuivre et le cobalt sur place, où l’on crée des zones économiques autour des gares, où la valeur reste au Katanga avant de prendre le large vers Lobito.
La visite de João Lourenço ne s’est pas limitée au rail. Les deux Présidents ont parlé sécurité dans l’Est, pétrole et finance. Plusieurs accords ont été signés dans la foulée entre ministres angolais et congolais sur les hydrocarbures et les transports. Mais tout ramène à Lobito.
Ce chantier va créer des milliers d’emplois dans la pose de rails, des délais d’exportation divisés par deux pour les miniers et, pour les populations du Lualaba et du Haut-Katanga, peut-être enfin un train qui arrive à l’heure.
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