Dans son adresse à la nation de ce vendredi, l’ancien président Joseph Kabila a livré sa charge la plus dure contre la gestion sécuritaire de l’Est.
Selon lui, le pouvoir en place « a fait le choix politiquement intéressé de poursuivre une guerre qu’il n’a ni la volonté ni les moyens de gagner ».
« Il ne respecte pas le cessez-le-feu signé à Doha. Il collabore avec les Maï-Maï rebaptisés Wazalendo, les Forces démocratiques de libération du Rwanda [FDLR] et d’autres groupes armés étrangers, leur fournissant des armes. Il bombarde des populations civiles », a-t-il déclaré.
Et de conclure :
« Il faut neutraliser tous les groupes armés nationaux et étrangers, mettre fin à l’utilisation des mercenaires, ordonner le retrait sans délai de toutes les troupes étrangères du territoire national ».
Une accusation de collusion avec les FDLR que les faits récents viennent nuancer.
Car sur ce dossier précis, longtemps présenté par Kigali comme la justification de sa présence militaire au Congo, Kinshasa revendique des avancées concrètes.
Le 30 mai 2026, la direction politique et militaire des FDLR-FOCA a signé un protocole d’accord avec le Gouvernement congolais prévoyant leur désarmement, leur démobilisation et leur cantonnement en vue de leur rapatriement ou de leur relocalisation, jusqu’à la dissolution du mouvement.
Ce protocole a déjà connu un début d’exécution. Le 8 septembre 2026, la MONUSCO a annoncé avoir rapatrié 120 membres des FDLR et leurs personnes à charge vers le Rwanda, en étroite coordination avec les Gouvernements congolais et rwandais.
Les rapatriés ont été transférés au centre de la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration (RDRC) à Mutobo pour un programme de réintégration communautaire.
Le lendemain, Kigali a de son côté fait état de l’accueil de 366 Rwandais en provenance de Goma, Bukavu et Kamanyola. Devant le Conseil de sécurité fin septembre, le chef de la MONUSCO, James Swan, a confirmé le rapatriement des rebelles hutus rwandais depuis le camp provisoire de Sake.
C’est sur la base de ces opérations que la Première ministre Judith Suminwa a affirmé le 23 septembre à la tribune de l’ONU à New York :
« Sur la question des FDLR, longtemps invoquée par Kigali pour justifier sa présence militaire sur notre territoire, la RDC assume ses responsabilités ».
Et d’ajouter :
« La question ne saurait donc plus servir de prétexte au maintien d’une présence militaire étrangère sur notre territoire ».
Kinshasa a par ailleurs demandé que le prochain mandat de la MONUSCO, dont le renouvellement est attendu en décembre 2026, intègre un rôle renforcé de vérification du processus de neutralisation des FDLR.
Pour consolider cet argumentaire, le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, mène depuis fin septembre une offensive diplomatique en tant qu’Envoyé spécial du Président Tshisekedi.
Reçu successivement à Lomé par Faure Gnassingbé, à Luanda par João Lourenço, à Brazzaville par Denis Sassou Nguesso, à Bujumbura par Évariste Ndayishimiye et à Dar es Salaam par Samia Suluhu Hassan, il présente la feuille de route de la reddition volontaire et la détermination de Kinshasa à respecter ses engagements de Washington.
À l’appui de sa démonstration, il souligne que sur les six zones identifiées comme abritant les FDLR, cinq sont hors de contrôle des FARDC et sous contrôle du Rwanda et de l’AFC-M23, la seule zone sous contrôle congolais étant à Walikale où le cantonnement a déjà débuté.
Une façon pour Kinshasa de retourner l’accusation de Kabila : ce n’est pas une collaboration, mais une neutralisation méthodique qui est en cours, avec l’appui des partenaires régionaux.
Gatien D. Kasongo






