Alors qu’Air Congo multiplie les annonces ambitieuses et s’apprête à inscrire son nom sur la prestigieuse liaison Kinshasa-Bruxelles, Congo Airways, autrefois présentée comme le fleuron de l’aviation nationale, semble disparaître progressivement des radars. La première étend son réseau et nourrit de grandes ambitions internationales, tandis que la seconde peine toujours à reprendre ses dessertes domestiques. Ce contraste nourrit une interrogation de plus en plus insistante : assiste-t-on à une simple restructuration du secteur aérien congolais ou à une volonté politique, discrètement maquillée, de favoriser Air Congo au détriment de Congo Airways ?
Deux compagnies nationales, deux trajectoires diamétralement opposées
Depuis son lancement, Air Congo affiche une progression rapide. Fruit d’un partenariat stratégique entre l’État congolais et Ethiopian Airlines, la jeune compagnie bénéficie d’un accompagnement technique, opérationnel et commercial qui lui permet d’étendre progressivement son réseau. Son entrée annoncée sur la ligne Kinshasa-Bruxelles constitue une étape symbolique et stratégique dans son développement international.
À l’inverse, Congo Airways, créée avec l’ambition de redonner à la République démocratique du Congo une compagnie nationale forte, traverse une crise prolongée. Immobilisation de la flotte, difficultés financières, absence de visibilité sur un véritable plan de relance… La compagnie ne parvient même plus à assurer régulièrement les liaisons intérieures, pourtant essentielles pour un pays-continent où le transport aérien demeure une nécessité plus qu’un luxe.
Cette situation interpelle d’autant plus que les deux entreprises appartiennent, directement ou indirectement, au portefeuille de l’État congolais.
Derrière Air Congo, le déclin programmé de Congo Airways ?
La montée en puissance d’Air Congo pose désormais une question de fond. Pourquoi investir autant d’énergie, de moyens et de partenariats dans une nouvelle compagnie alors qu’une compagnie nationale existait déjà ?
Pour plusieurs observateurs, la création d’Air Congo pourrait s’expliquer par la volonté de repartir sur de nouvelles bases, débarrassées des difficultés structurelles qui minaient Congo Airways. D’autres y voient plutôt un abandon progressif, sans véritable annonce officielle, de cette dernière.
Le silence des autorités sur l’avenir institutionnel de Congo Airways entretient toutes les spéculations. S’agit-il d’une fusion qui ne dit pas son nom ? D’une liquidation progressive ? Ou simplement d’une transition stratégique appelée à être clarifiée dans les prochains mois ?
Autant de questions qui restent, pour l’instant, sans réponses publiques.
Le personnel de Congo Airways : le grandoublié ?
Au-delà des avions et des lignes aériennes, l’enjeu est également humain. Des centaines de travailleurs congolais, pilotes, hôtesses, stewards, ingénieurs, techniciens et personnels administratifs ont construit leur carrière au sein de Congo Airways. Leur avenir demeure aujourd’hui entouré d’incertitudes.
Seront-ils intégrés dans la nouvelle dynamique d’Air Congo ? Bénéficieront-ils d’un plan de reconversion ou de redéploiement ? Ou risquent-ils de payer le prix d’une restructuration dont ils ne sont pas responsables ?
À mesure qu’Air Congo accélère son développement, ces préoccupations sociales deviennent de plus en plus pressantes.
L’ambition de bâtir une compagnie aérienne performante est saluée par de nombreux Congolais. Mais cette ambition ne saurait durablement occulter le sort réservé à Congo Airways et à son personnel. Car au-delà des performances commerciales, c’est aussi la cohérence de la politique nationale du transport aérien qui est aujourd’hui interrogée.
Le Gouvernement gagnerait à lever toute ambiguïté sur l’avenir des deux compagnies afin d’éviter que la renaissance de l’une ne soit perçue comme l’enterrement silencieux de l’autre.
KMC (CP) / Correspondance extérieure





