Il est censé être banni du football. Pourtant, Jonathan Bukabakwa, alias « Messi », entraîne toujours des jeunes dans la capitale congolaise.
Une enquête du Guardian publiée ce jeudi révèle que la suspension prononcée par la FIFA en mars 2023 n’est pas respectée sur le terrain.
En mars 2023, l’instance mondiale a sanctionné le technicien congolais pour abus sexuels sur mineurs.
La FIFA l’a aussi condamné à 100.000 francs suisses d’amende. Avant cela, la justice congolaise l’avait déjà reconnu coupable de faits similaires. Il avait purgé une peine de prison et a été libéré l’an dernier.
Contacté par le Guardian, Bukabakwa assure n’avoir jamais été informé.
« Ils ne m’ont jamais rien dit. Ils ne m’ont jamais interrogé ni envoyé quoi que ce soit », déclare-t-il. Il conteste les accusations.
Des séances visibles à Limete
Malgré la sanction, le coach est toujours actif. Le Guardian a obtenu plusieurs vidéos le montrant dirigeant des séances à Esperanto, un club de la commune de Limete à Kinshasa.
Des témoins locaux confirment le voir régulièrement sur un terrain scolaire, à la tête d’un groupe d’enfants.
« Messi ? Il entraîne toujours. On peut facilement le croiser avec son équipe. Il ne se cache pas », confie une source anonyme.
Le club Esperanto n’a pas donné suite aux sollicitations du média britannique.
La FIFA et la FECOFA interpellées
Interrogée par le Guardian, la FIFA n’a pas réagi. En 2023, elle justifiait pourtant sa décision par une « politique de tolérance zéro envers toutes les formes d’abus dans le football ».
Du côté de Kinshasa, le président de la FECOFA, Véron Mosengo-Omba, a réagi après avoir été saisi par le Guardian. Il a convoqué Bukabakwa et le président d’Esperanto à une réunion lundi.
« Nous avons une tolérance zéro pour ce genre de comportement », a-t-il martelé dans un communiqué.
« Toute personne impliquée dans ce type de conduite sera sanctionnée ».
Un dossier qui rouvre de vieilles blessures
Bukabakwa avait été suspendu à titre provisoire en novembre 2022, au moment où les médias révélaient des allégations d’abus sexuels généralisés dans le football congolais.
À l’époque, la FECOFA avait aussi écarté provisoirement 5 autres entraîneurs, dont Donga Epapa Cédric du JMK, accusé d’avoir réclamé des photos intimes à un joueur. Après enquête, faute de preuves, ni la fédération ni la FIFA n’avaient prononcé de sanction définitive. Cédric a toujours nié.
Élu à la tête de la FECOFA en mai, après un passage à la CAF, Mosengo-Omba promet de rouvrir les anciens dossiers une fois la commission de discipline remise sur pied. La fédération était sous comité de normalisation nommé par la FIFA depuis 2023.
« Nous veillerons à ce que personne se comportant de la sorte ne soit impliqué dans le football de ce pays », insiste-t-il.
« C’est une priorité absolue. On ne peut accepter que le nom de son pays soit associé à ce genre de comportement ».
Gatien D. Kasongo






