Annoncé jeudi par Félix Tshisekedi, le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État divise déjà la classe politique. Entre soutien appuyé du camp présidentiel et rejet catégorique de l’opposition, les premières réactions sont tombées dans la soirée.
Dans le camp du pouvoir, l’initiative est présentée comme un acte de souveraineté. Sur X, l’ancien président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, a apporté son soutien total :
« Je tiens à saluer, encourager et soutenir pleinement l’initiative de SEM le Président de la République. Cette démarche ne procède ni d’un artifice politique ni d’une quelconque pression intérieure ou extérieure. Elle traduit, au contraire, une volonté souveraine d’engager la Nation dans un moment de vérité, à l’une des heures les plus difficiles de son histoire, sans aucune compromission sur notre souveraineté nationale ; dans le respect des institutions de la République ».
À l’opposé, dans la famille kabiliste, la lecture est diamétralement différente. José Makila, cadre du regroupement Sauvons la RDC, initié par l’ancien Chef de l’État Joseph Kabila, fustige un processus verrouillé par Félix Tshisekedi lui-même :
« Le discours de Tshisekedi sur le dialogue est une grave déception. Quand la Nation est en crise, le Président ne peut être à la fois l’initiateur, le maître du jeu et l’arbitre de son propre dialogue. Se prendre pour l’Alpha et l’Oméga du dialogue national, c’est confondre la République avec son pouvoir. La RDC a besoin d’un dialogue libre, inclusif et sincère, pas d’une mise en scène destinée à sauver un système ».
Même son de cloche au sein de la C64, coalition regroupant une large partie de l’opposition dite non armée et qui défend ouvertement la participation de Kabila, Nangaa et leurs alliés, accusés à tort ou à raison d’avoir pris les armes contre la République.
L’un de ses leaders n’y voit pas un dialogue, mais un autre projet :
« Ce que Félix Tshisekedi a annoncé ce jeudi, c’est plutôt son référendum dans l’objectif d’aboutir à un changement de la Constitution ».
Selon lui, la plateforme tiendra « une importante réunion » ce vendredi, à l’issue de laquelle une position officielle sera rendue publique, a rapporté le journaliste Stanys Bujakera.
Entre les deux camps, l’analyse du politologue Christian Moleka se veut plus nuancée. Pour lui, l’annonce présidentielle ne constitue pas une inflexion majeure.
« C’est le dialogue de Tshisekedi », dit-il. Pour Christian Moleka, le Président n’a rien cédé sur le fond.
L’analyste estime que le Chef de l’État est resté sur sa ligne : l’AFC/M23 demeure écartée de la table politique, même si une fenêtre reste théoriquement entrouverte jusqu’au lancement effectif des travaux. Quant au tandem Église catholique-ECC, pressenti comme médiateur, il devrait, selon lui, être cantonné à un rôle secondaire, loin du poids qu’il avait pu avoir lors des précédentes concertations nationales.
Gatien D. Kasongo






