C’est une première en Belgique. L’entreprise Semlex, qui a produit les passeports biométriques de la RDC entre 2015 et 2025, est renvoyée devant le tribunal correctionnel de Bruxelles avec 13 autres inculpés pour des faits présumés de corruption d’agents publics étrangers, de blanchiment et de fraude fiscale.
La décision a été prise ce lundi par la Chambre du Conseil de Bruxelles. Elle ouvre la voie à un procès sur le fond, attendu comme historique.
Semlex devient la première entreprise belge renvoyée devant un tribunal pour des faits présumés de corruption internationale.
Une enquête de 9 ans sur 60 millions de dollars
Au cœur du dossier : le contrat des passeports biométriques vendus 185 dollars aux citoyens congolais. Selon des documents cités dans la presse et repris par les parties civiles, 60 dollars sur chaque passeport auraient été reversés à LRPS Ltd, une société basée à Dubaï présentée comme liée à une proche de l’ancien président Joseph Kabila.
Un mécanisme qui aurait généré près de 60 millions de dollars de malversations présumées.
Pendant près de neuf ans, les enquêteurs belges ont retracé les flux bancaires, analysé des centaines de courriels, mené des auditions et des commissions rogatoires en RDC et aux Émirats arabes unis. C’est l’une des enquêtes les plus approfondies jamais conduites en Belgique sur de la corruption internationale.
51 citoyens congolais parties civiles
La procédure avait été lancée en mai 2020 par 51 citoyens congolais qui s’étaient constitués parties civiles avec le soutien de la coalition Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV). Ils ont été rejoints par la FIDH, la Ligue des droits humains, UNIS, Transparency International et Transparency International Belgique.
« Nous avons payé 185 dollars pour nos passeports, avant d’apprendre par la presse qu’une partie de cet argent aurait servi à soudoyer des membres de l’élite politique. Nous avons le droit de savoir où est allé notre argent. Ce procès va enfin permettre d’y voir clair », déclare Fred Bauma, citoyen congolais partie civile.
Les parties civiles espèrent que ce procès fera aussi la lumière sur les responsabilités congolaises.
« Il est à espérer que cette affaire mettra également en lumière des responsabilités au niveau congolais qui pourrait conduire à une action en justice complémentaire en RDC », estime Jean-Claude Katende, vice-président de la FIDH et président de l’ASADHO.
Pour Transparency International Belgique, « pendant trop longtemps, la Belgique n’a pas été à la hauteur de ses engagements de lutte contre la corruption internationale. Ce renvoi est historique ».
Les organisations rappellent que les 14 personnes renvoyées bénéficient de la présomption d’innocence.
TOGE






