À première lecture, Vital Kamerhe soutient Félix Tshisekedi. Il « réaffirme son soutien au Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, mon allié et partenaire politique », et salue « la justesse de ses mises en garde ».
À deuxième lecture, il s’en éloigne. Car au cœur de cette adresse qui dénonce Joseph Kabila, Kamerhe glisse une phrase qui change tout le logiciel de la crise :
« À quoi bon prendre les armes pour finir autour de la table de négociation, alors que le dialogue aurait pu permettre d’éviter tant de pertes en vies humaines ». Ce n’est plus une condamnation. C’est une feuille de route.
L’appel du pied aux rebelles
Kamerhe ne demande pas l’écrasement du Front pour la refondation de la nation (FRN), le mouvement politico-militaire de Joseph Kabila. Il demande sa conversion.
« J’en appelle aux responsables de ces mouvements à renoncer à leur projet et à privilégier la voie du dialogue. Quelles que soient nos frustrations, nos divergences ou nos ambitions, rien ne saurait justifier que nous prenions les armes contre notre propre pays ».
Et plus loin, la phrase la plus politique de tout le discours :
« Nous devons mettre fin à ce cycle interminable des conflits suivis de dialogues, en espérant que celui que nous tiendrons sera le dernier et qu’il jettera véritablement les bases du développement de notre pays ».
Traduction : le dialogue avec les chefs de la rébellion aura lieu. Inévitablement. Autant le faire maintenant pour éviter le bain de sang.
C’est exactement la position défendue depuis des mois par la C-64 qui exige « la participation de tous » y compris Corneille Nangaa et Joseph Kabila, par la CENCO-ECC à travers son initiative du Pacte social pour la paix, et par les Nations Unies qui poussent pour des pourparlers inclusifs.
L’allié qui se fait médiateur
Kamerhe réussit un exercice d’équilibriste.
D’un côté, il ferme la porte à la violence : « Nous devons tous rejeter la rébellion comme mode d’accès au pouvoir ».
De l’autre, il ouvre la porte à la discussion : « Aucune divergence n’est insurmontable lorsque ceux qui s’opposent placent l’amour de la patrie au-dessus de leurs intérêts particuliers ».
C’est une prise de distance nette avec la ligne dure de la Présidence qui exclut jusqu’ici toute discussion avec l’AFC-M23 et ses alliés politiques.
Kamerhe ne se positionne plus comme un simple allié de Tshisekedi. Il se positionne comme le futur facilitateur.
Gatien D. Kasongo






