C’est le point 11 de la déclaration de Goma qui fait tout basculer : « L’adoption et la signature du présent Acte met définitivement fin à l’existence de l’Alliance Fleuve Congo, AFC en sigle. Le Front pour la Refondation de la Nation succède de plein droit à l’AFC ».
Une phrase pour enterrer l’AFC. Aucune pour le M23. Le FRN dit succéder « de plein droit » à la vitrine politique, mais laisse intacte la machine militaire dont le soutien par le Rwanda est documenté depuis plus de dix ans par les Nations Unies.
C’est le piège parfait : une nouvelle légitimité politique pour Joseph Kabila, une continuité militaire et un processus de paix en suspens.
L’histoire donne pourtant raison à la grille de lecture de Kinshasa. Le 6 août 2024, depuis Bruxelles, Félix Tshisekedi affirmait sur Top Congo : « Joseph Kabila prépare une insurrection parce que l’Alliance Fleuve Congo, c’est lui ».
Plus tard, il ajoutera : « Le vrai commanditaire de cette opposition est mon prédécesseur Joseph Kabila ». Dans son entourage, la formule sera résumée en une phrase choc : « L’AFC c’est Kabila et le M23 c’est Kagame ».
Pourquoi dissoudre seulement l’AFC ?
L’AFC n’était que la coalition politique lancée par Corneille Nangaa en décembre 2023 pour fédérer le M23 et d’autres groupes.
Le M23 est une structure militaire à part, avec son état-major et ses chaînes de commandement. En ne dissolvant que l’AFC, le FRN liquide la création de Nangaa pour imposer celle de Kabila, tout en gardant l’outil de guerre.
Des sources à Goma évoquent depuis des mois un malaise entre les politiques de l’AFC et les militaires du M23. Le point 11 viendrait-il acter ce malaise : on enterre le parti pour sauver le fusil ?
Le M23 va-t-il continuer à exister ? Oui, estiment des juristes. Ils expliquent que juridiquement, rien ne le dissout. Il peut continuer comme aile militaire du FRN, comme il l’était de l’AFC.
Une analyse qui confirme la seconde partie de la phrase de Tshisekedi. Paul Kagame lui-même l’a entretenu le 2 avril 2026 dans Jeune Afrique : « Le M23 n’est pas un mouvement rwandais, mais un mouvement congolais désormais appelé AFC/M23, auquel est associé l’ancien président Joseph Kabila ».
Une façon de congoliser un conflit dont le soutien rwandais reste l’élément central.
Et Doha dans tout ça ?
C’est le nœud gordien. Depuis mars 2025, le processus de Doha reconnaît comme partie prenante l’AFC-M23.
L’accord-cadre du 15 novembre 2025 a été signé entre Kinshasa et l’AFC-M23, avec réaffirmation d’un cessez-le-feu permanent.
Le Panel des facilitateurs de l’UA le rappelait encore le 7 octobre dernier : Doha demeure le cadre des discussions directes.
Or Doha n’a jamais invité le FRN. Y aura-t-il remplacement automatique à la table ?
En diplomatie, il n’y a pas de succession automatique. Il faut une reconnaissance du médiateur qatari et de Kinshasa.
Ou faut-il repartir à zéro ? Si Kinshasa déclare ne pas reconnaître le FRN, tous les acquis de Doha tombent.
Enfin, le FRN est-il tenu par les engagements de l’AFC-M23 ? Son propre texte dit qu’il succède « de plein droit », donc il hérite des obligations, dont le cessez-le-feu.
Mais il peut aussi arguer qu’il est une nouvelle entité et renégocier. C’est le flou parfait.
En enterrant l’AFC et en épargnant le M23, le point 11 de l’Acte constitutif du FRN donne raison à Tshisekedi, tout en posant la question qu’il posait depuis le début : qui commande vraiment quoi à l’Est ?
Gatien D. Kasongo






