Après deux jours de conclave à Rome, la Coalition C-64, principale plateforme d’opposition non armée, sort du silence qui lui était reproché depuis le 12 octobre et prend une initiative politique majeure : rencontrer séparément le Président Félix Tshisekedi et l’ancien Président Joseph Kabila.
C’est la grosse surprise de la déclaration finale lue ce mardi dans la capitale italienne par Delly Sesanga, avec à ses côtés Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund et Augustin Matata Ponyo, réunis depuis lundi pour leur premier congrès en présentiel depuis la création de la coalition le 19 mai dernier.
L’objectif affiché est de « trouver une issue congolaise à la crise et convenir dans les meilleures conditions acceptables par tous d’un vrai dialogue national inclusif pour la sauvegarde des intérêts nationaux ».
La C-64 ne donne à ce stade ni calendrier ni modalités pour ces deux rencontres et ne fait état d’aucun accord préalable des deux hommes pour les recevoir.
Cette annonce intervient dans un contexte politique complètement recomposé.
Le 12 octobre à Goma, Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation, le FRN, nouveau mouvement politico-militaire qui prend le relais de l’AFC-M23, avec Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa comme vice-présidents.
L’initiative a placé la C-64, qui plaidait jusqu’ici pour la participation de l’ancien Chef de l’État au dialogue national, devant un délicat exercice de positionnement.
Depuis, la pression s’est accentuée. Le porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, a appelé les leaders de la C-64 à « se prononcer entre la République et l’agression », estimant qu’on ne peut pas « se fonder sur l’article 64 de la Constitution pour venir la tuer ».
Samedi, devant les élus de l’Union sacrée à la Cité de l’Union africaine, Félix Tshisekedi a lui-même répliqué pour la première fois : « Pour le peu que j’ai eu à le pratiquer, je peux vous assurer que Joseph Kabila est un peureux ».
La réponse de Rome se veut une troisième voie. Dans sa déclaration, la coalition affirme opposer « la même exigence constitutionnelle au pouvoir et aux mouvements armés ».
Elle condamne ce qu’elle qualifie de projet de « coup d’État constitutionnel » visant à maintenir Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà des limites, et condamne « avec la même fermeté » le recours aux armes pour conquérir le pouvoir.
Cette condamnation de la prise du pouvoir par les armes ne désigne pas nommément Joseph Kabila, mais elle vise clairement la nouvelle donne sécuritaire.
L’article 64, qui donne son nom à la coalition, fait obligation à tout Congolais de faire échec à tout individu ou groupe qui prend le pouvoir par la force.
Avec cette double démarche vers Kinshasa et vers Goma, la C-64 tente de préserver son ADN : le rejet de toute prise de pouvoir par les armes et le rejet de toute confiscation du pouvoir par contournement constitutionnel, tout en restant l’avocate d’un dialogue où personne n’est exclu d’emblée.
Gatien D. Kasongo






