La phrase a claqué ce mardi au siège de l’UDPS. Face à Christophe Mboso, Augustin Kabuya, président ai et Secrétaire général de l’UDPS, a livré sa lecture de la nouvelle trajectoire de Joseph Kabila.
« Kabila finira comme Savimbi. À l’époque, Jonas Savimbi avait défié la communauté internationale. Aujourd’hui, Kabila l’a fait. Certains pensent que c’est un militaire et qu’il peut se permettre de faire tout ce qui lui semble bon. Quand on regarde aussi la situation du président Eduardo dos Santos et de Savimbi, l’histoire risque de se répéter encore cette fois-ci, ici chez nous », a déclaré le chef du parti présidentiel.
Une référence lourde de sens. Qui était Jonas Savimbi ?
Fondateur en 1966 de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA), Savimbi est d’abord un héros de l’indépendance contre le Portugal.
Après 1975, il refuse le pouvoir du MPLA et s’oppose à José Eduardo dos Santos. Diplômé en sciences politiques à Lausanne, charismatique, surnommé le « Coq noir », il lève une armée de plus de 60 000 hommes soutenue au plus fort de la Guerre froide par les États-Unis, la Chine et l’Afrique du Sud de l’apartheid.
En 1991, il signe la paix de Bicesse et participe à la présidentielle de 1992. Il y obtient 40% des voix contre 49% à Dos Santos. Il conteste les résultats, refuse le second tour et retourne au maquis.
S’ensuit une reprise dévastatrice de la guerre civile qui fera près d’un million de morts. Pendant dix ans, il défie l’ONU et les sanctions internationales jusqu’à sa chute.
Le 22 février 2002, localisé grâce à son téléphone satellitaire, il est abattu par l’armée angolaise dans le Moxico. Sa mort met fin, six semaines plus tard, à vingt-sept ans de guerre.
Pour Augustin Kabuya, les trajectoires se répondent. Il y a d’abord la figure de l’ancien chef qui se fait rebelle.
Savimbi, qui s’était proclamé Chef d’État, devient chef de guerre. Kabila, Président de 2001 à 2019, vient d’être intronisé comme chef du Front pour la refondation de la nation (FRN), mouvement politico-militaire qui succède à l’AFC.
Il y a ensuite le mythe du militaire invincible. Comme Savimbi le général autoproclamé, Kabila, ancien militaire bénéficiaire d’une formation et d’une expérience solides, entretiendrait selon le SG de l’UDPS l’image de l’officier qui peut tout se permettre par les armes.
Il y a enfin le défi lancé à la communauté internationale. Comme Savimbi sous sanctions de l’ONU, Kabila assume désormais une rébellion à l’Est alors que Kinshasa bénéficie du soutien diplomatique des Nations Unies, de l’UA et de la SADC.
Dans la démonstration de Kabuya, José Eduardo dos Santos renvoie directement à Félix Tshisekedi. L’ingénieur civil resté trente-huit ans au pouvoir en Angola n’a jamais été renversé par Savimbi malgré sa puissance militaire.
Il a incarné la continuité de l’État, la légitimité électorale acquise en 1992 et la patience stratégique. Il a gagné par l’usure, l’encerclement politique et le maintien des institutions.
C’est le message que l’UDPS veut faire passer. En RDC, le pouvoir civil élu incarné par Tshisekedi ne tombera pas face à une rébellion, aussi médiatisée soit-elle.
Comme à Luanda, l’histoire angolaise le prouve, la rébellion finit par s’éteindre avec son chef, pas l’État.
Gatien D. Kasongo






