L’Union africaine a publié ce mardi un communiqué qui réserve un désaveu cinglant à la rébellion initiée par Joseph Kabila depuis Goma.
Le Président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, rappelle que les textes fondamentaux de l’organisation « condamnent les changements anticonstitutionnels de gouvernement, notamment la prise du pouvoir par la force » et appelle les acteurs à « s’abstenir de toute initiative susceptible d’alimenter les tensions ».
Une phrase qui vise directement le nouveau mouvement politico-militaire de l’ancien Président.
Car le 12 octobre 2026, Joseph Kabila a officialisé depuis Goma, ville sous contrôle de l’AFC-M23 depuis janvier 2025, la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN).
Un « mouvement politico-militaire » qu’il préside lui-même, avec Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, Sultani Makenga comme chef d’état-major général et Freddy Kaniki comme secrétaire général.
Dans sa déclaration politique, le FRN affirme mutualiser ses forces pour « mettre un terme à la tyrannie par tous les moyens y compris la force », en vertu de l’article 64 de la Constitution, et annonce la dissolution immédiate de l’AFC.
Une initiative qui provoque des remous jusque dans son propre camp. Plusieurs cadres du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) et du Front Commun pour le Congo (FCC) ont annoncé leur désolidarisation et présenté leur démission, désavouant le passage de l’ancien chef de l’État à la lutte armée.
Du côté de l’opposition non armée, c’est le silence qui domine. La C-64, principale plateforme d’opposition qui plaidait encore il y a quelques semaines pour la participation de Joseph Kabila et du M23 au dialogue, reste muette.
Ses leaders, Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund, sont annoncés à Bruxelles pour arrêter une position commune.
Seule voix à s’être démarquée au sein de la coalition, Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, membre de la C-64 et très proche de Martin Fayulu.
« La voie des armes est sans issue, autant que la voie du changement de Constitution est suicidaire pour l’ensemble du pays... Martin Fayulu n’acceptera jamais qu’un seul Congolais perde la vie pour la gloire d’un individu », a-t-il déclaré jeudi à la presse.
Interrogé lundi par Radio Okapi après l’appel du porte-parole du Gouvernement Patrick Muyaya sommant la C-64 de clarifier sa position, Prince Epenge a renvoyé la balle au pouvoir, estimant que « le Gouvernement devrait lui-même préciser sa position sur le dialogue national inclusif », tout en rappelant que « seul un dialogue inclusif sauvera la Nation du péril existentiel qui la guette ».
Autre silence assourdissant : celui des Églises. Catholique et protestante, pourtant consultées en ce moment même par le Directeur de cabinet du Président de la République dans le cadre des préparatifs du dialogue annoncé par le Chef de l’État, n’ont à ce stade fait aucune déclaration publique sur la création du FRN.
En réaffirmant son « attachement indéfectible à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la RDC » et son rejet de toute prise de pouvoir par la force, l’Union africaine vient donc tracer une ligne : le dialogue oui, mais dans le respect des institutions. L’option Goma, elle, est clairement mise hors-jeu.
Gatien D. Kasongo






