En l’espace de 24 heures, Kinshasa a enregistré trois interpellations à fort retentissement politique.
Si les dossiers sont différents, ils interviennent dans un climat de tension marqué par la reprise des hostilités autour du FRN et le débat sur la loi sur le référendum.
Carole Agito : l’interpellation qui fâche le Sénat
La sénatrice Carole Agito Amela a été interpellée jeudi sur le chemin de sa résidence, après ses rendez-vous officiels, par des individus se présentant comme des agents du renseignement militaire.
Selon des témoins, elle a été interpellée « comme une vulgaire dame » et conduite manu militari à la Demiap sans prise en compte de son immunité sénatoriale.
Les services de la Demiap l’accuseraient d’actions subversives et de connivence avec l’ennemi.
Elle a été libérée tard dans la nuit, mais avec une consigne stricte : ne pas quitter Kinshasa.
Le fait a provoqué une vive indignation au Palais du peuple. Le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, a dénoncé le même jeudi une violation des immunités parlementaires garanties par la Constitution.
« Le Sénat n’est pas contre la justice. Le Sénat est pour l’État de droit. Mais l’État de droit, c’est le strict respect de la loi par tous, y compris par ceux qui sont chargés de l’appliquer. On ne lève pas les immunités d’une Sénatrice comme on procède à une interpellation de droit commun », a martelé Sama Lukonde, citant l’article 107 de la Constitution et l’article 223 du Règlement intérieur de la Chambre haute.
À ce stade, les motifs officiels de l’interpellation restent inconnus.
Alexis Thambwe Mwamba : plus de 30 militaires pour un patriarche de 83 ans
L’ancien président du Sénat, Alexis Thambwe Mwamba, a été arrêté ce vendredi matin à Kinshasa, selon des informations concordantes.
Âgé de 83 ans, il aurait été interpellé à son domicile. Plus de 30 militaires auraient été déployés pour procéder à l’opération.
Les raisons de cette interpellation ne sont pas encore connues. Aucun détail supplémentaire ne permet, à ce stade, d’établir avec précision le déroulement de l’intervention ni de confirmer sa destination après son interpellation.
Proche de l’ancien Président Joseph Kabila, devenu chef rebelle, Thambwe Mwamba était resté discret depuis sa démission forcée du Bureau du Sénat en 2021.
L’arrestation a suscité une réaction de Salomon Kalonda Della, conseiller spécial de Moïse Katumbi, qui dénonce une « arrestation arbitraire » et la qualifie de « provocation abjecte ».
Il établit un lien entre cette interpellation et les tensions autour du projet de loi sur le référendum, qui sera réexaminé ce vendredi à l’Assemblée nationale sur demande du Chef de l’État.
Fils Mukoko : l’UDPS lâche, la Justice frappe
Troisième cas, aux antipodes politiques des deux premiers. Fils Mukoko, cadre de l’UDPS et ex-Directeur général adjoint de la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN), a été arrêté jeudi.
Le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a confirmé l’information lors du briefing presse du Gouvernement avec Patrick Muyaya :
« La personne, aujourd’hui, a été arrêtée et va être jugée ».
Il lui est reproché d’avoir appelé, dans une vidéo virale, à distribuer des armes contre les Occidentaux en séjour à Kinshasa et à organiser un sit-in devant l’ambassade de Belgique.
Dans la vidéo, il déclarait :
« Nous allons distribuer les armes même dans des terrains de football. Nous allons distribuer les armes même dans des églises ».
Avant son arrestation, les sanctions s’étaient enchaînées : embargo médiatique de 88 jours infligé par le CSAC, désaveu public de l’UDPS qui dénonce des propos irresponsables, et révocation de son poste à la RASKIN.
Guillaume Ngefa a été ferme :
« L’incitation à la violence, un Gouvernement responsable ne peut pas l’accepter. Les réseaux sociaux ne sont pas un espace de non-droit ».
Et d’insister :
« Que vous soyez de l’UDPS ou pas, il faut que vous soyez jugé ».
Gatien D. Kasongo






